Replacer l’exigence au cœur de l’école

Par Estelle Folest, membre du bureau de Refondation Républicaine, ancienne députée, mardi 16 décembre 2025.

Il y a 15 ans, un tiers des élèves ne savaient ni lire, ni écrire, ni compter correctement à l’entrée au collège. Aujourd’hui, selon le ministère de l’Education nationale, les chiffres sont sensiblement les mêmes : 27 % des élèves sont en difficulté en français et 32 % en mathématiques. Selon l’Education nationale toujours, entre 1987 et 2021, les élèves de 4ème ont perdu l’équivalent d’une année de niveau scolaire : les élèves de 4ème d’aujourd’hui ont le niveau de ceux de 5ème d’hier. Si l’on regarde du côté des enquêtes internationales PISA, TIMMS et PIRLS, la dégradation se confirme puisque nous nous situons désormais en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE. Une baisse progressive mais spectaculaire. A l’autre bout du spectre, « le plus beau métier du monde » n’attire plus grand monde, les salaires – même fortement augmentés ces dernières années – traduisent le peu de reconnaissance que la nation a pour ses professeurs, et ces derniers sont dès lors recrutés à des niveaux toujours plus bas avant d’être confrontés à des classes de plus en plus difficiles. Quant aux professeurs de classe préparatoire scientifique, ils disent ressentir les premiers effets de la baisse du niveau en mathématiques alors qu’à l’université, on compte 50% d’échec en première année faute de maîtrise des apprentissages de base. Ainsi un magazine peut-il titrer que « pour l’OCDE, certains adultes français diplômés de l’université n’ont pas les compétences à l’écrit d’un enfant de 10 ans » sans que cela n’étonne plus personne.

L’école de la République, pilier de notre nation, souffre de nombreux maux. Nous payons le prix de 40 années d’une idéologie dominante, le pédagogisme, qui a détruit non seulement le niveau des élèves, aboutissant à un affaissement généralisé, mais aussi l’autorité des professeurs, faisant de l’élève le centre de l’apprentissage et donc l’acteur de son propre savoir. Une idéologie qui a conduit à une sorte d’horizontalité de façade entre l’élève et le maître et a laissé au bord de la route du collège unique les enfants des milieux les plus défavorisés. Les classes moyennes ont dès lors fui l’école publique, vue non plus comme le temple du savoir, du mérite et de l’exigence, mais comme l’école des loisirs où l’orthographe compte moins que « les idées » ou les engagements, où un nouveau catéchisme progressiste est préféré à l’éducation civique, et l’éducation à la sexualité à la maîtrise de la langue française. Enfin, l’école est en proie à de graves problèmes de sécurité, de harcèlement, de radicalisation. Qui aurait pu imaginer qu’en France, au 21ème siècle, un professeur serait harcelé par des élèves et leurs parents radicalisés, et décapité par un islamiste pour avoir enseigné la laïcité ? Notre école – notre pays – va vraiment très mal.

Quelques lueurs d’espoir tout de même ? Les mesures Blanquer visant à refaire de l’enseignement des fondamentaux la priorité à l’école primaire (2018-2020) ne peuvent qu’être saluées : le renforcement en lecture, écriture et calcul mental dès le CP, l’introduction de 30 minutes quotidiennes de lecture et de calcul, l’insistance sur la nécessité de la lecture syllabique et le retour à une exigence forte en matière d’orthographe et de grammaire dès l’école primaire porteront leurs fruits si elles sont poursuivies dans la durée. C’est sur cette voie qu’il nous faut aller au collège et au lycée. Renoncer aux sujets gadgets et se concentrer sur l’essentiel : les fondamentaux. A cet égard, il est nécessaire de revoir les programmes d’histoire pour refaire une histoire de France chronologique avant de parler de l’histoire de l’esclavage ou de celle du monde. Comment se situer par rapport au monde quand on ne sait même pas qui ont été les grandes figures qui ont marqué la France et pourquoi ? Comment comprendre la laïcité si on ne sait plus qu’elle est un remède aux guerres de religion dont nous sommes les champions et le fruit des Lumières contre l’obscurantisme au 18ème siècle ? Quant à la géographie, on ferait bien là aussi de commencer par enseigner celle de la France, puis de l’Europe et enfin du monde, au lieu d’entamer l’année de 6ème par un cours de comparaison entre les métropoles de Lagos et de Londres pour enchaîner les poncifs (riche, pauvre, bien, pas bien) alors que les élèves savent à peine situer les grandes villes de France ou les fleuves, et encore moins les capitales européennes.

Une école structurée, ambitieuse quant à l’acquisition de savoirs, où sont valorisés le mérite, l’effort, le travail, la discipline, où le maître élève ceux qu’il instruit et où les parents retrouvent une juste place d’interlocuteurs et non de partenaires (consommateurs) de l’école, cessant d’interférer dans les décisions prises par l’équipe éducative : voilà les bases de l’école de la République telle que nous la concevons.